Pendant plusieurs jours, j'ai partagé avec vous une histoire très personnelle.

Une histoire qui a commencé il y a plus de vingt ans.

À cette époque, je n'étais ni thérapeute, ni diplômée en psychologie, ni formatrice.

J'étais simplement la fille d'un imam.

Après avoir célébré un mariage, mon père me disait souvent avec son humour légendaire :

« Viens Myriam, on va faire le service après-vente. »

Cette phrase nous faisait sourire. Pourtant, derrière cette plaisanterie se cachait une immense responsabilité. Nous allions à la rencontre de couples qui souffraient, de familles qui vacillaient, de cœurs qui ne se comprenaient plus. Nous essayions d'éteindre un départ de feu avant qu'il ne détruise toute la maison.

La forêt

Aujourd'hui encore, c'est cette image qui guide mon travail.

J'imagine chaque couple comme une forêt. Parfois, une simple fumée apparaît.

  • Une fatigue qui dure.
  • Une communication qui se dégrade.
  • Des blessures anciennes qui ressurgissent.
  • Des attentes qui n'ont jamais été exprimées.
  • Des langages de l'amour qui ne se rencontrent plus.

À ce stade, la forêt peut encore reverdir. Il suffit parfois d'un regard différent, d'une parole juste, d'une écoute sincère ou d'outils adaptés pour que l'eau recommence à circuler.

Le siphon

J'utilise souvent une autre image. Lorsque votre évier est bouché, vous pouvez verser tout le Destop que vous voulez. Vous pouvez masquer les odeurs, nettoyer la surface, faire comme si tout allait bien.

Mais tant que vous n'aurez pas ouvert le siphon, retiré les cheveux, les graisses et tout ce qui obstrue le passage, l'eau continuera à déborder.

Il en va de même dans le couple. Je ne récupère pas une dispute. Je récupère parfois dix, quinze ou vingt années de non-dits, de blessures, de déceptions, de peurs et de rancœurs.

Mon travail consiste à aider chacun à ouvrir son siphon intérieur. À remettre du mouvement là où tout est devenu stagnant.

Et le divorce dans tout ça ?

C'est la question que vous m'avez le plus posée.

« Est-ce que ton objectif est de maintenir les couples ensemble à tout prix ? »

La réponse est non. Je ne suis ni militante du divorce. Ni militante du maintien du couple à n'importe quel prix. Je suis profondément attachée à la vérité, à la justice et à la miséricorde.

J'aime beaucoup revenir à l'étymologie. Le mot divorce vient du latin divortium, issu de divertere : prendre deux directions différentes. En arabe, ṭalāq (طلاق) vient de la racine ط ل ق, qui signifie : délier, détacher, libérer, laisser partir.

Cette nuance est magnifique. Le divorce n'est pas pensé comme une guerre. Il est parfois le fait de dénouer un lien qui ne permet plus à la vie, à la sécurité ou à la miséricorde de circuler.

« Et s'ils se séparent, Allah enrichira chacun de Son abondance. » (Sourate An-Nisâ', 4:130)

Le divorce n'est donc jamais un objectif. Il est une possibilité prévue lorsque la préservation du lien devient impossible.

Les pyromanes

Toutes les forêts ne brûlent pas par accident. Certaines sont victimes de sécheresse. D'autres d'un manque d'entretien. Mais il existe aussi des pyromanes.

Des personnes qui soufflent volontairement sur les braises. Qui manipulent. Qui humilient. Qui détruisent. Qui refusent toute remise en question. Qui allument le feu puis accusent les autres de l'avoir provoqué.

Dans ces situations, la question n'est plus : « Ai-je assez patienté ? »

Mais : « Est-il encore possible d'éteindre un feu pendant que quelqu'un continue d'y verser de l'essence ? »

Ma posture

C'est ici que ma posture est souvent mal comprise.

Je ne dis jamais : « Reste. »
Je ne dis jamais : « Pars. »

Parce que je crois profondément qu'une décision imposée de l'extérieur ne transforme jamais durablement un être humain. Dire à quelqu'un de rester ou de partir, c'est parfois vouloir faire accoucher une conscience avec des forceps.

Or une lucidité ne se force pas. Elle naît.

La sage-femme

Cette image m'accompagne énormément.

Les contractions sont douloureuses. Elles bouleversent. Elles épuisent. Pourtant, elles ne sont pas là pour punir. Elles sont là pour révéler. Pour faire naître.

Elles ne font pas seulement naître un enfant. Elles font aussi naître une mère.

Les crises conjugales ressemblent souvent à ces contractions. Elles obligent chacun à regarder : ses blessures, ses peurs, ses dépendances, ses illusions, ses responsabilités, ses limites.

Avec ma méthode ACCME, je ne cherche pas à accélérer ce processus. J'accompagne l'Âme, le Cœur, le Corps, le Mental et l'Ego afin que chacun retrouve suffisamment de sécurité intérieure, de lucidité et de discernement.

Et lorsque cette conscience émerge enfin, la décision n'est plus dictée par la colère, la peur, la culpabilité ou la pression des autres. Elle naît de l'intérieur.

Alors certains disent : « Je choisis de rester. » Ils ne subissent plus. Ils reconstruisent librement. Et d'autres disent : « Je choisis de ne plus supporter l'insupportable. » Ils reconnaissent simplement que la sécurité, la dignité et la miséricorde font aussi partie de ce qu'Allah veut pour Ses serviteurs.

Je ne fais pas accoucher des décisions

Je fais naître des consciences. Je marche quelques kilomètres avec des hommes et des femmes. Je tiens parfois leur main lorsqu'ils traversent la nuit. J'éclaire les zones d'ombre.

Je les aide à ouvrir leur siphon intérieur. À distinguer un départ de feu d'un incendie entretenu. À reconnaître un accident d'un pyromane. Puis je les regarde retrouver leur Fitra.

Et lorsque leur décision arrive enfin, elle ne ressemble plus à une réaction.

Elle ressemble à une naissance.

Invocation

Ô Allah, accorde-nous un cœur apaisé, un regard lucide et une âme sincère.

Aide-nous à distinguer ce qui doit être réparé de ce qui doit être délié, ce qui relève de la patience de ce qui relève de la protection, et ce qui nous rapproche véritablement de Toi.

Libère-nous de la peur, de la culpabilité, de la pression des autres et de nos propres illusions. Remplace-les par la confiance, le discernement, la sagesse et la sérénité.

Si le bien réside dans la reconstruction, accorde-nous la force de nous relever. Si le bien réside dans la séparation, accorde-nous la dignité de l'accepter et la paix de poursuivre notre chemin.

Fais de chacune de nos décisions un acte de conscience et de responsabilité, et non une réaction à nos blessures.

Et ramène toujours nos cœurs vers Toi, car c'est auprès de Toi seul que les âmes trouvent le repos.

Âmîn.

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