Mon problème, c'est qu'il est gentil…
Ou plutôt…
Mon problème, c'est qu'il n'est pas méchant.
Cette phrase peut sembler étrange. Pourtant, elle revient régulièrement dans les consultations de couple.
Lorsque ces femmes — et parfois ces hommes — commencent à parler de leur conjoint, ils précisent presque toujours :
« Il est gentil. »
« Elle est gentille. »
« Je n'ai rien de grave à lui reprocher. »
« Il y a pire. »
Et pourtant ils souffrent. Alors comment expliquer ce paradoxe ?
La souffrance invisible
Lorsqu'un conjoint est violent, humiliant, infidèle ou agressif, l'entourage comprend immédiatement qu'il existe un problème. Mais lorsque le conjoint est considéré comme une bonne personne, la souffrance devient beaucoup plus difficile à expliquer.
Car tout le monde répond :
« Tu as de la chance. »
« Au moins il est gentil. »
« Au moins elle est gentille. »
Petit à petit, celui qui souffre finit même par culpabiliser. Il se demande :
« Suis-je trop exigeant(e) ? Suis-je ingrat(e) ? Suis-je le problème ? »
Alors il se tait.
La neutralité relationnelle
Avec le temps, j'ai remarqué que beaucoup de personnes décrivent en réalité non pas un conjoint gentil — mais un conjoint neutre.
Il ne détruit pas la relation. Mais il ne la nourrit pas non plus. Pas de violence. Pas de conflit majeur. Pas de méchanceté.
Mais pas beaucoup d'attention. Pas beaucoup d'initiative. Pas beaucoup d'investissement émotionnel.
Comme un encéphalogramme plat relationnel.
La relation survit. Mais elle ne vit pas vraiment.
« J'ai l'impression de ne pas avoir épousé la même personne »
Alors naît une phrase que beaucoup de femmes et d'hommes n'osent pas prononcer :
« J'ai l'impression de ne pas avoir épousé la même personne. »
Non pas parce que l'autre est devenu mauvais. Mais parce que la personne rencontrée semblait plus vivante, plus présente, plus curieuse, plus démonstrative, plus investie.
Le plus troublant est souvent que les autres continuent de voir cette version-là. Le conjoint, lui, découvre une autre facette — plus passive, plus routinière, parfois plus centrée sur elle-même.
Le meilleur pour l'extérieur
Certaines personnes investissent énormément leur image sociale. Elles sont appréciées au travail. Serviables avec les voisins. Disponibles avec les amis. Charmantes lors des repas de famille.
Puis elles rentrent à la maison. Et toute l'énergie relationnelle semble disparaître.
Le conjoint a parfois le sentiment que le meilleur est réservé au monde extérieur — et que le foyer reçoit ce qu'il reste.
La gentillesse ne nourrit pas automatiquement une relation
Une relation ne vit pas uniquement de gentillesse. Elle ne vit pas non plus uniquement d'absence de conflit.
Elle a besoin d'être nourrie — par des mots, par des gestes, par de l'attention, par du temps, par de la tendresse, par de la curiosité, par un véritable intérêt pour le monde intérieur de l'autre.
Les cinq langages de l'amour oubliés
Dans beaucoup de ces couples, la souffrance apparaît parce que les besoins affectifs fondamentaux ne sont plus nourris.
Les paroles valorisantes
Peu de compliments. Peu d'encouragements. Peu de reconnaissance. Le conjoint ne critique pas forcément — mais il ne nourrit pas non plus.
Les services rendus
Il aide lorsqu'on lui demande. Mais anticipe rarement. Or être aimé, c'est parfois sentir que l'autre pense à nous avant même que nous ayons besoin de réclamer.
Les moments de qualité
Le temps ensemble existe parfois. Mais sans véritable présence. Comme si l'on partageait le même espace sans partager réellement sa vie.
Les cadeaux et attentions
Non pas les cadeaux coûteux. Mais les petites preuves de connaissance de l'autre — celles qui montrent : « Je te vois. Je te connais. Je pense à toi. »
Le toucher affectif
L'intimité peut exister. Mais manquer de profondeur émotionnelle. Comme si les corps se rencontraient sans que les cœurs ne se rejoignent réellement.
« Tu n'es jamais content(e) »
Lorsque le conjoint exprime son manque, une autre difficulté apparaît souvent. Il entend : « Tu me reproches quelque chose. » Alors que l'autre essaie simplement de dire : « J'ai besoin de davantage. »
Les réponses deviennent alors :
« Tu n'es jamais contente. »
« Tu cherches les problèmes. »
« Tu compliques tout. »
« Le problème, c'est toi. »
Et peu à peu, celui qui souffre commence à douter de sa propre réalité.
Faire sa part n'est pas toujours nourrir la relation
L'homme pense parfois : « Je travaille. Je suis fidèle. Je suis gentil. Je respecte ma femme. » Donc dans son esprit, il fait déjà sa part.
La femme pense parfois : « Je m'occupe des enfants. Je tiens la maison. Je gère le quotidien. Je suis fidèle. » Donc dans son esprit, elle fait déjà sa part.
Et ils ont tous les deux raison.
Mais faire sa part et nourrir le lien sont deux choses différentes.
Vous reconnaissez votre situation dans cet article ?
Un espace de parole peut vous aider à nommer ce que vous vivez — et à trouver ensemble des leviers concrets pour nourrir à nouveau votre relation.
Prendre rendez-vous →La véritable question
La question n'est pas : « Est-il gentil ? » ou « Est-elle gentille ? »
La véritable question est : « Est-ce que l'autre se sent aimé ? »
Car on peut être une personne profondément gentille et laisser malgré tout son conjoint se sentir seul.
La méchanceté abîme les relations. Mais la neutralité relationnelle les assèche lentement.
Et parfois, ce n'est pas de davantage de gentillesse dont un couple a besoin. C'est de davantage de présence, d'attention et d'investissement dans le lien.
— Myriam Lakhdar Bounamcha
Thérapeute couple et famille · Approche ACCME